L’industrie de la pochette

A la veille de la fête du Travail, on pourrait parler de ces casseurs de manif qui ont remplacé les briseurs de grève d’autrefois, des Panama Papers bientôt accessibles au public ou du salaire discuté du pauvre Carlos Ghosn qui n’a pas le temps d’aller manifester, lui, et qui n’hésite pas, pour boucler ses fins de mois, à cumuler deux emplois, voire plus, sans compter ses heures sup’ et sans bénéficier de la moindre assurance chômage ou maladie…

Un éclair… puis la nuit.

Une semaine après le blast, il n’y a sans doute pas grand-chose à ajouter au silence épais qui nous a d’abord enveloppés, puis à ce fatras de mots prononcés par les uns ou les autres, clamant toutes choses et leur contraire au milieu d’un chaos suintant de deuil, de colère, de peur et de tristesse. A quatre pattes dans le noir, chaque français cherche sa France qui cherche, quant à elle, l’interrupteur et la voie à suivre. En résulte un désordre propice aux campagnes politiques comme aux remises en question, aux réformes constitutionnelles comme à la compassion, aux résolutions comme à l’audimat vite fait mal fait d’une chaîne de télé qui passe 3 heures de suite à filmer la même fenêtre en bégayant qu’elle ne sait rien.

Edito non publié du 22 janvier 2011

Ça a débuté comme ça. Avec un animateur télé devenu ministre de la culture se faisant dicter sa conduite par un avocat, pour ne surtout pas faire de vagues. Il n’était pas si loin ce temps sinistre où l’on brûlait les livres, alors on a fait plus soft, plus présentable : à l’occasion d’une cérémonie vouée à célébrer les plus grands écrivains français, on a effacé, sans grand fracas, le nom  de Louis-Ferdinand Céline, un colosse de l’histoire littéraire, comme si l’art devait se conformer au manichéisme, comme s’il était insupportable d’imaginer et de se souvenir qu’un homme puisse à la fois être un écrivain de génie et un raciste imbécile, comme s’il était impossible que les deux plus grandes figures de la littérature française du XXème siècle soient, et juif pour le cas de Marcel, et antisémite pour celui de Louis-Ferdinand, et que c’est justement dans cette contradiction que réside toute la complexité de la culture française, et toute sa beauté. Comme si, à la fin, il fallait séparer le bon grain de l’ivraie, épurer la culture de ce qui gêne les uns ou les autres, selon leur bon plaisir. Et qui d’autres après ? Lewis Caroll le pédophile ? Rimbaud le trafiquant d’armes ? Les musiciens Phil Spector ou Bertrand Cantat, coupables d’homicides?  Jimi Hendrix, toxicomane ? Miles Davis, souvent grognon à ce qu’il parait ?

Le plus triste dans cette affaire, ce n’est pas tant cette tentative d’effacer l’œuvre de Céline, dont Le Voyage au bout de la Nuit ou Mort à Crédit ont habité quelques uns des plus grands écrivains depuis et continueront de le faire bien après que plus personne ne sera là pour se souvenir de Fréderic Mitterrand ou de Serge Klarsfeld, mais c’est de se dire que si le ministre et l’avocat avaient eu pour intention de fabriquer des antisémites, de ceux qui s’imaginent que je-ne-quelle société secrète dirige le monde dans l’ombre, ils n’auraient pas pu mieux s’y prendre.

Commentaire a posteriori

Pour le contexte, on pourra se reporter à ces divers articles.

Quant au fait que je n’ai pas publié l’édito en question, j’avoue que j’avais juste la flemme de batailler sur cette question à ce moment-là, une semaine après un autre édito qui avait été houleux au niveau des commentaires et qui m’avait pourri le week-end. Pas envie de voir ma position simplifiée par certains, ni de pousser les gens dans des argumentaires délicats. Pas envie d’aboutir à une discussion où les mots ‘fasciste’, ‘nazi’ et ‘anti-sémite’ auraient pu fuser à la légère. Du coup, j’ai opté pour une actu autrement plus légère.

Edito du 12 mars 2011

A vue de nez, on aurait du mal à trouver un point commun entre Nelly Furtado, Beyoncé, Mariah Carey, Usher, 50 Cent et Lionel Richie. Ce sont pourtant tous des artistes aussi généreux qu’engagés. Des artistes qui, prenant tout juste conscience que Mouammar Kadhafi était, en fait, un dictateur (je ne leur jette pas la pierre : moi-même, jusqu’à récemment, je le confondais toujours avec le chanteur d’Aerosmith ou Gandhi), se sont empressés, ces derniers jours, de faire don à des œuvres caritatives du cachet d’un million de dollars que leur avait versé la famille Kadhafi pour différents concerts privés. Bon, il faut avouer que l’actu aura tout fait pour leur rafraichir la mémoire, et qu’en révélant l’affaire, le trublion Wikileaks aura sans doute excité leur générosité…

Comme on dit dans ces cas là : cachet reversé à demi pardonné. Et après que tous auront participé à un grand concert de soutien pour le Japon, ils auront sans doute l’occasion de refaire leur million avec d’autres concerts privés, à Cuba, en Corée ou, mieux encore, en Chine. Et qu’on ne leur dise pas après coup que la Chine est une dictature, sinon pourquoi y aurait-on organisé les Jeux olympiques ?

Bref, je ne suis pas inquiet pour eux, et encore moins pour Mariah Carey vu qu’un quart des adolescents britanniques la confondraient avec Marie Curie, selon un sondage réalisé il y a quelques jours par la BBC. Comme, dans notre beau pays, 60 millions de gens croient que la femme de notre président est une chanteuse et que notre ministre de la culture est un animateur télé, on aurait tort de se moquer, mais tout de même : Mariah gravissant péniblement (parce ce que sa petite blouse de laborantine de taille 36 aurait du mal à contenir son 42) les marches de l’Académie des sciences  pour y chanter à gorge déployée ‘My forever Polonium’, ça aurait de la gueule… Nul doute en tout cas qu’elle viendra chanter en France, à plus forte raison si les sondages concernant les prochaines présidentielles sont vérifiés dans les urnes…

Et alors, elle pourra entamer une tournée de concerts privés dans ces pays qui sont des démocraties jusqu’à preuve du contraire. Et avec tout cet argent gagné à la sueur de ses cordes vocales et de nos oreilles, elle pourra s’acheter un VoiceLive Touch de TC Helicon, soit un chouette multieffet/looper tactile pour chanteur. Elle se mettra aussi au synthé en se procurant le petit Venom de M-Audio, et après avoir bricolé quelques pistes, elle tentera de mixer le tout à grand coup de plug-ins dans un Pro Tools ou un Cubase, qu’elle optimisera sur les conseils de Craig Anderton.

Et après toutes ces années à avoir été vocaliste, elle se mettra enfin à faire de la musique…

Sur  ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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