Edito du 5 novembre 2011

Si les événements de mardi nous ont ramenés aux temps glorieux où l’on brûlait les livres, ils auront surtout eu le mérite de montrer que les pyromanes sont mauvais au jeu du Chifoumi . Je rappelle donc les règles à leur intention : la pierre casse les ciseaux mais se fait envelopper par la feuille qui, pour sa part, enveloppe la pierre mais se fait couper par les ciseaux. Et la plume ? Rien ne bat la plume, si ce n’est la plume elle-même. Et en tout cas, certainement pas le feu. C’est écrit dans les livres d’histoire de tous les pays du monde : à chaque fois que la censure se fend d’autodafés, elle rend plus fort le phénix qui finira par la dévaster. C’était vrai pour Voltaire, c’était vrai pour Brecht ou Freud, et ça le sera sans doute aussi, toutes proportions gardées, pour Charlie Hebdo.

On ne se plaindra pas d’ailleurs de cette actualité, quand on sait qu’on a échappé à deux fins du monde au cours de ces derniers jours : l’évangéliste américain Harold Camping prétendait en effet que la Terre serait réduite en cendre le vendredi 21 octobre 2011 (avant cela, il avait fait une prédiction pour le 21 mai) tandis que sur la foi des textes mayas, le biologiste suédois Carl Johan Calleman nous promettait la fin de l’humanité pour le 28 octobre. Par souci du détail, j’ai tout de même jeté un coup d’œil aux deux jours en question et, en dehors de l’annonce de la diffusion d’une pièce de théâtre avec Johnny Hallyday en tête d’affiche, je n’ai rien vu de près ou de loin qui ressemble à une catastrophe. Peut-être que les Mayas se sont plantés finalement…

Ou qu’ils n’étaient pas aussi bons qu’on le dit en maths et en astronomie…

Ou que le type qui a écrit la date de la fin du monde a fait une faute d’orthoglyphe…

Ou qu’il en avait tellement marre qu’on lui demande quand aurait lieu l’événement qu’il a lâché une date au hasard comme le ferait un scénariste de Star Trek, juste pour être tranquille, pouvoir finir son omelette aux champignons hallucinogènes et regarder le sacrifice humain en Prime Time ce soir-là…

Dans le doute, on se magnera tout de même de lire les articles de la semaine sur AudioFanzine, à savoir le test de l’éditeur de partition Sibelius d’Avid, celui de la tête d’ampli basse WTX-500 d’Eden Electronics et celui de l’interface audio C600 de M-Audio. Parce que ça, c’est vraiment arrivé et que ça vaut le coup d’œil.

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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Edito du 28 mai 2011

L’espèce humaine n’avait rien vu venir : elle craignait le nucléaire, les ouragans, les tremblements de terre ou les tsunamis, elle redoutait le virus Ebola, le SIDA et se méfiait même d’elle-même depuis que Hobbes avait établi que l’homme est un petit chaperon rouge pour l’homme. Mais si prudente qu’elle fût, elle était loin de se douter que, quelque part, posé benoitement sur un étal entre les grappes de tomates et les bottes de radis, bercé par les cris d’un vendeur rougeaud hurlant à la cantonade la beauté des endives ou le prix des poireaux, son plus terrible prédateur attendait son heure : le concombre.

Tuer cinq personnes quand on est un homme, c’est déjà faire preuve d’un certain talent pour le meurtre. Mais quand on est une cucurbitacée d’une trentaine de centimètres tout au plus, inutile de dire que ce genre de palmarès vous classe directement dans le cercle très fermé des armes de destruction massive, catégorie légumes.  Et comme le concombre en question est aussi espagnol que la grippe qui ravagea l’Europe en 1918, on comprend que Zapatero ne soit pas complètement rassuré d’abriter un tel produit du terroir. Après tout, d’autres se sont fait envahir pour moins que ça… C’est d’autant plus inquiétant que la firme américaine Monsanto, célèbre pour ses OGM et pour avoir désherbé le Vietnam à grands coups d’Agent Orange à la glorieuse époque où les scouts faisaient des feux de camp au Napalm, vient tout juste de breveter une nouvelle race de melon, autre cucurbitacée en apparence inoffensive. Une coïncidence peut-être, ou le début de la guerre froide version légume, ou chacun tente de mettre au point la cucurbitacée la plus destructrice qui soit. Et les bazookas de cracher des aubergines. Et le cornichon de remplacer la balle de calibre 7,62 dans les Kalachnikovs. Et Amora de relever le plat du groupe Dassault, délocalisé à Cavaillon pour l’occasion…

Steak ou pastèque ?  Telle sera donc la question shakespearienne qui se posera à chaque repas désormais, coincés que nous sommes entre le concombre espagnol  et la grippe aviaire. La seule issue ? Le champignon. Pas le nucléaire, celui de Paris, la morille, le pleurote ou encore le cèpe. Ce qu’il y a de bien avec les champignons, c’est que ça pousse dans les endroits humides et sombres, soit l’environnement parfait pour faire de la musique. Vous ne me croyez pas ? Demandez donc à Shanka, guitariste de No one is innocent, de vous raconter l’enregistrement et la production de ‘Nothing in this world’ : une batterie dans une cave, y a que ça de vrai ! La (grosse) vidéo produite par Avid sur le sujet vous attend ici…

Et puis quoi d’autre ? Laurel et Hardy version instruments de musique : soit la Raging 5H d’Eagleton, une petite tête d’ampli au prix plancher, et le Minimoog Voyager XL, LE gros synthé analogique qui tue. Et les oreilles et le compte en banque.

Et après ça, que vous restera-t-il à faire ?  Hum… Peut-être répéter pour la prochaine fête de la musique, histoire d’être prêt dans 3 semaines… Et puisqu’il n’est pas de bon concert sans bon public, j’ai le plaisir de vous annoncer qu’en partenariat avec Noomiz, AudioFanzine vous propose un agenda concert grand luxe à l’adresse www.fete-musique.com. Pourquoi grand luxe ? Parce qu’en plus de pouvoir y annoncer votre concert, vous pouvez même uploader une compo à vous pour que les visiteurs aient un échantillon de ce qu’ils vont entendre. Bref, même s’il reste quelques petits réglages à faire sur le truc, c’est déjà rudement sympathique : comptez sur moi pour vous en reparler…

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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Edito du 26 mars 2011

A l’heure où j’écris ces lignes, il est des hommes qui meurent pour libérer leur pays du joug d’un dictateur, il est des hommes qui se font irradier au beau milieu des décombres d’un séisme, il est des dirigeants italiens qui font des partouses avec des mineurs et même des candidats aux élections françaises qui font des saluts nazis sur leur page Facebook… Je sais tout ça.

Mais il y a des choses beaucoup plus graves dans le monde.

La Food and Drug Administration envisagerait en effet d’inscrire le nombre de calories contenues dans chaque boîte de pop-corn vendue dans les cinémas américains. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais, croyez-moi, on tient peut-être là le battement d’aile du papillon qui précipitera la chute de la civilisation occidentale.

Réfléchissez un peu : dès qu’ils prendront conscience que chaque boîte de pop-corn contient 1600 calories, soit l’équivalent de trois Big Mac, ces salauds de gens (oui, ces salauds, je n’ai pas peur de le dire quitte à me faire poursuivre pour insulte aux gens) refuseront d’en manger, soit pour ne pas devenir obèses, soit pour arrêter de l’être. Et quand on sait qu’une boîte vendue 6 $ coûte 20 cents à la production, on mesure l’ampleur de la catastrophe économique qui nous attend. Ce sont d’abord les producteurs de pop-corn qui disparaîtront, puis dans leur sillage, les cultivateurs de maïs, suivi de près par les salles de cinéma, les fabricants de moissonneuses batteuses, et suivant la théorie des dominos, tous les agriculteurs. Plus de pop-corn, plus de salle. Plus de salle, plus de spectateur. Plus de spectateur, plus de film. Plus de film, plus d’industrie du cinéma. Et le tsunami n’épargnera personne : plus d’obèse, plus de médicament contre l’obésité. Plus de médicament, plus d’industrie pharmaceutique et donc plus de médecine. En voulant allonger l’espérance de vie de quelques-uns, on aura condamné toute l’humanité.

Car ne croyez pas que le phénomène se cantonnera aux États-Unis : quand il ne se fera plus un seul film aux USA, sur qui Luc Besson pompera-t-il ses films ? Et vu qu’il produit à lui seul la moitié du cinéma français, que croyez-vous qu’il adviendra de nos cinéastes de terroir, et des musiciens qui composent leur bande originale de film ? Quid de Taxi 28 ? Des bronzés 4 ? D’Asterix 12 ? Quid ?

En vérité je vous le dis : soyez plus fins que les autres, et économisez les 230 € que coûte un compteur Geiger pour stocker dès à présent des médocs, du maïs et des DVD de Taxi, car ce sont là des denrées qui manqueront bientôt. Et en 30 après P.C., vous raconterez à vos enfants ou vos petits enfants comment un minuscule grain de maïs soufflé a grippé les rouages de l’énorme machine occidentale. Et quand ils vous demanderont ce que vous avez fait pour éviter ça, vous baisserez les yeux : vous ne vous rendiez pas compte, et tout à votre égoïsme créatif, vous aviez passé ce fameux week-end du pop-corn à buller sur AudioFanzine, un site Internet du temps où il y avait encore des ordinateurs parce qu’il y avait encore de l’électricité…

Pour y lire quoi d’ailleurs ? Des futilités sur une section de cordes virtuelles signée Native Instruments, sur une pédale de Fuzz pour basse, ou sur les moyens pour lutter contre le souffle et le bruit dans vos enregistrements.

Devant vous s’étalera l’horizon dévasté de ce qui fut autrefois une ville, la noirceur de la suie criblée çà et là de braseros au feu pâle. Un des enfants s’approchera de vous et, remarquant vos yeux imperceptiblement embués, il risquera d’une petite voix :

« Tu penses à quoi ?

– A une phrase qu’un type disait avant tout ça…

– C’était quoi ?

– Je ne me souviens plus bien, mais je crois que c’était un truc du genre « Sur ce, bon week et à la semaine prochaine… » »
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