Edito du 7 janvier 2012

Comme l’ont sans doute prédit les Mayas, 2012 sera assurément une sale année pour les joueurs de flûte de pan : alors qu’ils tenaient, avec André Rieu et Richard Clayderman, le monopole de la musique d’ambiance, non seulement dans les mauvaises crêperies, mais aussi dans les mauvaises pizzerias, les voilà qui vont désormais devoir partager leur chasse gardée avec Il Divo, quatre chanteurs à l’exceptionnel pouvoir évocateur : écoutez pour vous en convaincre leur reprise du Hallelujah de Léonard Cohen en fermant les yeux, et vous sentirez immanquablement l’odeur de la Regina mi-cuite et de sa coupe de glace deux boules dans la formule à 9,90 €, le midi seulement, hors week-end et jours de fête. Sur certains tremolos, on distinguerait presque le papier du set de table ‘Forza Italia’ et la petite coupelle de bonbons Krema à côté de la caisse…

Mais 2012 sera en revanche une bonne année pour les violonistes n’ayant pas des millions à investir dans leur copain à 4 cordes, si l’on en croit Claudia Fritz, chargée de recherches en acoustique musicale au CNRS. Pourquoi ? Parce que dans le sillage de ses nombreuses recherches autour du son des violons, la dame s’est amusée à faire tester en double aveugle six instruments à une vingtaine de violonistes de haut niveau : trois neufs et trois vintage, dont un stradivarius numéroté 01 valant la peau des yeux des bras de la tête. Résultat ? Dans l’ensemble, les musiciens auraient eu toutes les peines du monde à distinguer le neuf du vieux, pour généralement préférer les violons récents, au grand dam du fameux stradivarius qui aurait reçu le moins de suffrages de tous les instruments… Serait-ce à dire que cette fameuse loi du Vintage qui veut que plus un instrument est vieux, mieux il sonne, n’aurait absolument aucun fondement ? Serait-ce à dire que, comme dans bien des domaines, nous serions portés à penser que ce qui est cher est meilleur ? Je vous laisse en tirer vos propres conclusions. Et je vous laisse également extrapoler la chose au monde des guitares, des kazoos ou de tout autre instrument ou matériel audio, d’ailleurs…

Du coup, même les heureux possesseurs d’une antique Jazz Bass pourraient bien s’intéresser au test des Modern Player Jazz Bass et Telecaster Bass de Fender, premier article que nous vous proposons cette semaine. Quant à ceux qui se demandent depuis le début de cet édito si un bon chœur virtuel ne vaudrait pas un mauvais quatuor réel, je les renvoie au banc d’essai de Mars, banque de samples vocaux concoctée par Soundiron.

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

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Edito du 14 mai 2011

Faire de la recherche, c’est ingrat… C’est ingrat parce qu’au terme d’une petite dizaine d’années d’études, il  faut choisir entre deux carrières ingrates :

Soit être bien payé et tester dans de bonnes conditions des gélules minceur sur des chiots  qui, à la base, ne faisaient pas forcément de complexe sur leur poids, pour se convaincre avec peine ensuite qu’on apporte quelque chose d’utile à la société. Le choix du salaud de chercheur en somme, que tout le monde méprise, mais qui roule en BMW.

Soit s’engager sur le chemin vertueux de la recherche publique contre le cancer ou le sida ou pire :  devenir astrophysicien. Ce qui implique d’être payé un gros SMIC pour bosser dans un labo où la machine qui fonctionne le mieux n’est autre que la cafetière Nespresso, cafetière qu’on aura achetée en organisant une vaste collecte au sein du service, évidemment. Le choix du gentil chercheur en somme, que tout le monde trouve noble, mais un peu incompréhensible par son côté masochiste, même si l’Etat lui rembourse la moitié de sa carte de transport.

Le plus ingrat dans tout cela, c’est que, quelle que soit la carrière qu’on embrasse, on a toutes les chances de poursuivre des recherches sans jamais rien trouver de toute sa vie. Et quand bien même on trouverait quelque chose d’énorme comme la théorie de la relativité, on n’est jamais à l’abri de voir, presque un siècle plus tard, un Sciences & Vie titrer ‘Einstein dépassé : 47 galaxies contredisent sa théorie’, tout ça parce qu’un freluquet aura remarqué que « la masse globale d’une galaxie est toujours proportionnelle à la vitesse des étoiles qu’elle contient, à la puissance 4 ».

Rédigeant moi-même à mes heures perdues une thèse mesurant l’impact socio-ethnologique des disques d’Andrea Bocelli, David Garrett et André Rieu dans le référentiel pizzeria, je peux vous assurer que le sujet me touche. Mais je ne désespère pas, car il existe aussi quantité de chercheurs qui, à leur échelle plus ou moins grande, ont fait avancer le schmilblick humain, récoltant alors des lauriers ô combien mérités. C’est le cas lorsque le Dr Myron Cohen et ses acolytes viennent tout juste de découvrir qu’un traitement précoce avec des antirétroviraux élimine à 96 % le risque de transmission du VIH par des personnes séropositives. Mais c’est aussi le cas lorsque Bernard Corde, qui nous a quittés la semaine dernière, découvre un moyen de démocratiser le laser et de le rendre accessible aux laboratoires, facultés et universités de l’époque… ou encore aux éclairagistes : le premier laser synchronisé au rythme de la musique, c’est lui ! Bernard Corde qui va aussi démocratiser la Hi-Fi dans les années 60 puis s’attaquer à la sono, faisant de sa boutique un incontournable pour les DoItYourselfeurs de tous poils… Pour une fois qu’un grand bonhomme de l’audio n’est pas américain, allemand, anglais ou japonais, on ne va pas se prier pour le saluer bien bas…

Tout comme on saluera d’ailleurs le talent de Yann Copier, un sound designer qui nous fait pénétrer les coulisses de son métier lors d’une conférence organisée par Avid : un petit film d’une heure relativement passionnant, où Yann, tel un David Copperfield du son, explique entre autres choses comment faire rentrer un pot de yaourt dans une montre.

Tout aussi fort, Native Instruments parvient avec ses dernières banques de batterie à faire rentrer Abbey Road sur votre disque dur. Le test avec tous ses exemples audio, c’est ici et c’est cadeau.

Et comme il ne saurait y avoir de cadeau sans ruban, on finit avec le troisième contenu de la semaine : le test des Voodoo VR-1 et VR-2, deux micros à ruban abordables signés sE Electronics.

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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