Content que j’étais, en achetant ‘The King of Limbs’, le dernier album de Radiohead sur le site officiel du groupe.

Content parce que, même si je ne suis pas un fan au dernier degré du quintet d’Oxford, ça fait toujours plaisir de mettre la main sur un disque qu’on a envie d’écouter. Content aussi parce qu’en vis-à-vis du format MP3 à 7 €, on m’offrait de télécharger l’album au format WAV à 11 €, comme si quelqu’un dans l’industrie du disque avait enfin compris que la dématérialisation de la musique n’implique pas forcément une dégradation de sa qualité. Mais content enfin et surtout parce que je l’achetais sur www.radiohead.com et non pas sur l’iTunes d’Apple, le Deezer d’Orange, la Fnac de François Pinault , ou le Virgin de Lagardère…

Ce faisant, j’avais cette impression, sans doute fausse, de donner simplement mon argent à un groupe que j’aime bien, sans intermédiaire parasite, avec une telle évidence que j’en suis venu à me demander ce qu’ils devenaient dans l’histoire, les intermédiaires en question :

« Dis Papa, ça sert à quoi iTunes ?

– A couler la Fnac qui a coulé les disquaires de quartier, avant de se faire couler par Spotify qui se fera couler par Google Music…

– Ah… Et les maisons de disques, alors, ça sert à quoi ?

– A l’heure actuelle, ce serait plus simple pour moi de t’expliquer le problème israélo-palestinien, mais disons que ce sont des gens qui sont sensés aider des musiciens à faire de la musique et à la vendre pour gagner leur vie en tant qu’intermédiaires.

– Et Radiohead, ils ont une maison de disques ?

– Ben j’en suis plus très sûr, pour le coup, mais ce n’est pas très grave dans leur cas.

– Pourquoi, c’est grave sinon ?

– Non, ce n’est pas très grave non plus parce que bien avant qu’il y ait des maisons de disques, il y avait de la musique, et il y en aura bien après qu’elles auront disparu. C’est juste que tu ne passeras ni à la télé, ni à la radio et qu’il faudra que tu fasses beaucoup de très bons concerts gratuits avant de pouvoir en faire des payants, si c’est vraiment là l’objectif. Parce que, tu m’excuseras cette tautologie, mais même si l’industrie du disque a parfois du mal à l’admettre, le but de faire de la musique, c’est peut-être seulement de faire de la musique…

– Je crois que j’ai à peu près tout compris sauf le truc avec Toto… »

Après ça, on s’est écouté ce King of Limbs sans être réellement convaincus ni l’un, ni l’autre par la pertinence artistique du machin. Comme quoi, même sur les disques virtuels, on trouve encore des faces B : ils sont forts ces Radiohead, même quand ils passent plus de temps à peaufiner leur marketing qu’à bosser leurs compos… Et comme une méchante rumeur parle d’une suite imminente à ce King of Limbs, on se prendrait presque à rêver de la face A.

En attendant la musique des autres, rien de tel en tout cas que de se remettre à sa musique à soi : une boucle de batterie et un petit riff de synthé bien fat issu du Tone2 ElectraX sur une ligne de Precision Bass à la sauce Schecter, et la journée prend tout de suite un tour plus constructif. Et parce que, maniaque comme vous êtes, vous aurez enregistré tout ça en 24 bits à 96 kHz, vous ne manquerez pas de lire l’article sur le dithering de Craig Anderton. Comme ça, vous pourrez repasser en 44/16 en toute connaissance de cause, graver votre CD audio et lui faire une jolie pochette à l’imprimante jet d’encre. C’est parfois aussi simple que ça de faire un disque…

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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