A l’heure où j’écris ces lignes, il est des hommes qui meurent pour libérer leur pays du joug d’un dictateur, il est des hommes qui se font irradier au beau milieu des décombres d’un séisme, il est des dirigeants italiens qui font des partouses avec des mineurs et même des candidats aux élections françaises qui font des saluts nazis sur leur page Facebook… Je sais tout ça.

Mais il y a des choses beaucoup plus graves dans le monde.

La Food and Drug Administration envisagerait en effet d’inscrire le nombre de calories contenues dans chaque boîte de pop-corn vendue dans les cinémas américains. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais, croyez-moi, on tient peut-être là le battement d’aile du papillon qui précipitera la chute de la civilisation occidentale.

Réfléchissez un peu : dès qu’ils prendront conscience que chaque boîte de pop-corn contient 1600 calories, soit l’équivalent de trois Big Mac, ces salauds de gens (oui, ces salauds, je n’ai pas peur de le dire quitte à me faire poursuivre pour insulte aux gens) refuseront d’en manger, soit pour ne pas devenir obèses, soit pour arrêter de l’être. Et quand on sait qu’une boîte vendue 6 $ coûte 20 cents à la production, on mesure l’ampleur de la catastrophe économique qui nous attend. Ce sont d’abord les producteurs de pop-corn qui disparaîtront, puis dans leur sillage, les cultivateurs de maïs, suivi de près par les salles de cinéma, les fabricants de moissonneuses batteuses, et suivant la théorie des dominos, tous les agriculteurs. Plus de pop-corn, plus de salle. Plus de salle, plus de spectateur. Plus de spectateur, plus de film. Plus de film, plus d’industrie du cinéma. Et le tsunami n’épargnera personne : plus d’obèse, plus de médicament contre l’obésité. Plus de médicament, plus d’industrie pharmaceutique et donc plus de médecine. En voulant allonger l’espérance de vie de quelques-uns, on aura condamné toute l’humanité.

Car ne croyez pas que le phénomène se cantonnera aux États-Unis : quand il ne se fera plus un seul film aux USA, sur qui Luc Besson pompera-t-il ses films ? Et vu qu’il produit à lui seul la moitié du cinéma français, que croyez-vous qu’il adviendra de nos cinéastes de terroir, et des musiciens qui composent leur bande originale de film ? Quid de Taxi 28 ? Des bronzés 4 ? D’Asterix 12 ? Quid ?

En vérité je vous le dis : soyez plus fins que les autres, et économisez les 230 € que coûte un compteur Geiger pour stocker dès à présent des médocs, du maïs et des DVD de Taxi, car ce sont là des denrées qui manqueront bientôt. Et en 30 après P.C., vous raconterez à vos enfants ou vos petits enfants comment un minuscule grain de maïs soufflé a grippé les rouages de l’énorme machine occidentale. Et quand ils vous demanderont ce que vous avez fait pour éviter ça, vous baisserez les yeux : vous ne vous rendiez pas compte, et tout à votre égoïsme créatif, vous aviez passé ce fameux week-end du pop-corn à buller sur AudioFanzine, un site Internet du temps où il y avait encore des ordinateurs parce qu’il y avait encore de l’électricité…

Pour y lire quoi d’ailleurs ? Des futilités sur une section de cordes virtuelles signée Native Instruments, sur une pédale de Fuzz pour basse, ou sur les moyens pour lutter contre le souffle et le bruit dans vos enregistrements.

Devant vous s’étalera l’horizon dévasté de ce qui fut autrefois une ville, la noirceur de la suie criblée çà et là de braseros au feu pâle. Un des enfants s’approchera de vous et, remarquant vos yeux imperceptiblement embués, il risquera d’une petite voix :

« Tu penses à quoi ?

– A une phrase qu’un type disait avant tout ça…

– C’était quoi ?

– Je ne me souviens plus bien, mais je crois que c’était un truc du genre « Sur ce, bon week et à la semaine prochaine… » »
Los Teignos
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