Edito du 19 mai 2012

Alors que, bras dessus, bras dessous et à la tierce, le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, ainsi que les divas Warda al-Jazairia et Donna Summer viennent de nous faire leurs adieux, tandis que la hotline de l’Elysée est saturée d’appels de 34 ministres en quête d’explication de texte sur leur intitulé de poste, Facebook rentre en bourse comme dans un moulin pour y rejoindre les pointures du NASDAQ. Une aubaine pour les gros investisseurs, banques et autres fonds de pension qui, certains que l’Etat couvrira toujours leurs arrières en cas de faillite, pourront faire de l’argent vertueusement en soutenant la politique courageuse et visionnaire d’une société que George Orwell lui-même n’aurait pas imaginée, et qui permet aujourd’hui à 900 millions de personnes, tous amis ou presque, de faire avancer le genre humain en écrivant ‘LOL’ en bas d’une vidéo scientifique démontrant la puissance de la réaction Mentos-Coca Cola, ou en inscrivant ‘MDR’ au bas d’une photo de Magalie, 17 ans, peu après qu’elle a vomi à la fête de Jérémy, quelle déconneuse, quand même, cette Magalie…

Oui, je sais, la phrase précédente est si longue qu’elle semble avoir été écrite pour Jacques Maillol. Pour tout dire, elle fait 683 caractères espace compris : c’est presque 5 fois trop long pour Twitter dont les messages sont limités à 140 caractères, et plus de 8 fois trop long pour être posté sur Facebook, sachant que les experts en marketing ont estimé que la taille idéale d’un message sur cette plateforme devait être au maximum de 80 caractères. Nous rappelant au douloureux souvenir de la douloureuse Arlette Chabot qui pensait dynamiser ses émissions politiques en contraignant sempiternellement ses invités à résumer « en un mot » (sic) leur politique sociale, leur avis sur le nucléaire ou leur point de vue sur l’éducation nationale, cette limitation est l’un des plus incroyables paradoxes d’Internet : voici un espace où tout le monde a la possibilité de s’exprimer via un site perso, un blog ou un wiki, un support inépuisable pour le discours de chacun, et où, finalement, les plateformes les plus prisées sont celles qui restreignent les plus fortement les possibilités d’expressions. Comme si, effrayé par la liberté anarchique du web et par la possibilité de prendre la parole, le genre humain éprouvait le besoin d’un cadre rigide, d’un site posant des limites à l’expression, et auquel on n’accorde finalement aucune confiance (59 % des américains utilisateurs de Facebook ne font « peu » ou « pas du tout » confiance à Facebook) : comme si, au beau milieu des espaces vertigineux de l’El Dorado web, les internautes agoraphobes cherchaient à retrouver tout ce qui fait le confort douillet d’un gouvernement de guerre froide, qui veille à ce que leur bonheur s’exprime en 80 signes…

En tout cas, vue la taille des articles publiés cette semaine, il semblerait qu’AudioFanzine ne soit pas à la page du côté des réseaux sociaux. Près de 6000 caractères signés Jay Dec au sujet de la tête d’ampli guitare OR50H d’Orange, plus de 7000 caractères et un paquet d’images du même auteur pour vous expliquer comment fabriquer un booster, et c’est sans compter le prose de Sleepless qui vous dit en 14 000 caractères ce qu’il a pensé du Miroslav Vitous String Ensembles 2, ou celle de David Lo Patt sur la tête Bassman Pro 100T de Fender : plus de 17 000 caractères, soit plus de 120 tweets, sans compter les exemples audio et les photos ! Mince, les gars ! Faites un effort sans quoi on n’est pas prêts de rentrer en bourse ! Comment ça, on s’en fout ?

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
From Ze AudioTeam
(3646 caractères, espaces compris)

Moi je dis : ça se partage !

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