Ni avec toi, ni sans toi,
Mes maux n’ont de remède
avec toi, parce que tu me tues
et sans toi, parce que je me meurs.

Ces quelques vers qui nous viennent de la copla andalouse pourraient tout aussi bien être soufflés par le cinéma à l’oreille de Luc Besson qui vient tout juste d’annoncer l’ouverture  fin 2013 d’un multiplex de 12 salles à Roissy, d’un autre à Marseille pour 2015 et d’une dizaine d’autres à prévoir en France ou au-delà. Une bonne nouvelle pour le cinéma français ?

Pour l’industrie et toutes les professions qui gravitent en son sein (dont les compositeurs de musique de film, les ingés son, monteurs son, les perchistes et quantité d’intermittents…), ça l’est sans doute vu qu’Europacorp, la petite Major montée en 2000 par Besson, fait aujourd’hui vivre pas mal de gens et qu’on aurait vraiment tort de lui en faire le reproche. Mais pour ce qui est du septième art, c’est une autre paire de manches…

Parce que le concept « très très révolutionnaire » qui sera celui d’Eurocorp Live, c’est de transformer les multiplex en « lieu de vie », la « vie » étant un mot comme un autre dans la bouche de Christophe Lambert, directeur général d’Europacorp, pour désigner la consommation, sachant que le but de ces multiplex est d’augmenter significativement le prix d’entrée qui pourrait atteindre les 25 €, « selon la nature de la place, de la salle et des prestations… ».

Dur d’en savoir plus sur la nature des prestations en question, mais on imagine sans problème qu’à Eurocorp Live, après avoir vu Taxi 12 en 4D avec un son ultra-surround blasté à 120 dB dans un fauteuil sur vérins hydrauliques, on pourra boire le cocktail officiel du film dans le verre officiel du film pendant qu’une hôtesse officielle du film nous emballera la reproduction au 1/25 d’une voiture de beauf, tout aussi officielle du film que le reste. Tout ça pour la modique somme d’une centaine d’euros pour Monsieur Durand, sa femme et ses deux filles, spectateurs officiels du film…

Et du coup, on se demande vraiment si c’est là un avenir souhaitable pour le cinéma français que de devenir le centre d’un « lieu de vie », et un prétexte à « prestations » et à produits dérivés comme le sont depuis bien longtemps les films de Georges Lucas ou ceux des studios Disney, deux modèles après lesquels court Luc Besson depuis ses débuts. Et l’on se demande si, à force de « lieu de vie » et de « prestations », le septième art ne va pas rejoindre le simple rang d’entertainment comme aux États-Unis, avec tout ce que cela implique pour les artistes comme pour ceux qui veulent les entendre. A quelques rares et belles exceptions près, la filmographie d’Europacorp n’a en tout cas rien pour nous rassurer sur ce point : parce qu’on devine bien que ce n’est pas autour d’un Terrence Malick ou d’un Tommy Lee Jones que le multiplex pourra déployer sa logique commerciale… Affaire à suivre de très près donc, en attendant de voir si les Netflix et les Youtube ne vont pas au contraire précipiter le cinéma dans une tout autre direction, vers un tout VOD ou sponsorisé par une publicité non désactivable.

Une chose est sûre en tous cas : on n’a pas fini de voir des gamins filmer des histoires avec le caméscope familial et vouloir les montrer au plus grand nombre, histoire d’avoir plus de moyens et une plus grosse caméra pour raconter d’autres histoires. Une chose d’autant plus rassurante pour nous que ces Kubrick en culottes courtes auront forcément besoin de musique et qu’il faudra fournir : ce pourra être un simple solo de basse joué sur un petit Classic Session 120 d’EBS, ou encore une bande-son synthétique à la Vangelis ou Giorgio Moroder pondue avec l’UVI Vintage Legends. Et pour accoucher de l’une ou de l’autre de ces musiques, les conseils avisés de Yoad Nevo ne seront pas de trop. Ca tombe bien : voici en trois points le sommaire de cette semaine sur Audiofanzine, en attendant ce mois de juillet qu’on espère toujours sec et chaud.

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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