On a beau se douter que tout a un prix et que la musique est un business autant qu’elle est un art, on n’en demeure pas moins interdit lorsqu’on parcourt la liste des tarifs de concerts récupérés dans une agence de booking par ‘une source anonyme’ et publiés il y a quelque jours par Priceonomics.

S’y côtoient un paquet d’artistes triés par fourchettes de prix, de la pop star saisonnière à la légende du rock, chaque nom étant associé à une somme allant de 1000 à un millions de dollars.  On pourrait certes s’émouvoir des montants astronomiques réclamés par certains pour chanter 1 h 30 devant un public qui les adule, mais on aurait tort de prendre un parti aussi simpliste, sachant que si seul son nom figure sur cette liste, l’artiste ou le groupe est loin d’être le seul à gagner de l’argent dans l’affaire : entre le tourneur, l’éditeur, la maison de disque et ces salopards d’intermittents qu’il faudra payer pour assurer le show, il y a fort à parier que sur le million qu’ils réclament, une Madonna, un Bon Jovi ou un Bruce Springsteen ne toucheront à l’issue du spectacle que quelques centaines de milliers de dollars. Peut-être moins, même… Heureusement que les uns et les autres pourront compter sur les pourcentages de la buvette à négocier, les produits dérivés ou les éventuels partenariats… Il n’y a d’autant pas à crier au scandale qu’on nous expliquerait qu’en définitive, même ces artistes figurant parmi les mieux payés ne gagnent pas grand-chose en comparaison avec des joueurs de foots, qui sont eux-mêmes des smicards à côté des grands industriels, lesquels ne gagnent finalement pas grand-chose si on les compare à certains de leurs richissimes investisseurs. Et on pardonnera tout à ces derniers vu qu’investir, c’est autrement un métier autrement plus complexe et risqué que d’être flic en banlieue, infirmière en CHU ou chauffeur routier.

Donc, non, ce ne sont pas les montants qui sont les plus choquants dans ce document (vu le prix de certaines places de concerts, on aurait pu s’en douter), mais plutôt le côté abrupt de la liste qui, sous ses faux airs de menu, fait germer en nous des idées bizarres quand on la lit : pour un Justin Timberlake, on peut ainsi se payer de 3 à 6 Bob Dylan tandis qu’une Britney Spears vaut 5 Ben Harper. Magie des équations : on en déduira donc qu’un Ben Harper vaut 1/5 de Britney Spears. Oui mais quel cinquième ? C’est la question : Les jambes ? Les bras ? Les seins ou les fesses ? Le tronc ? La tête ? Alouette ?

On a beau savoir donc que la musique est un business et comme tout business, la valeur des uns et des autres est accrochée à la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande, ce qui est en définitive le plus choquant dans cette affaire, c’est la réification de l’artiste, son nouveau statut de produit. Et à l’heure où Michael Jackson, pourtant bel et bien mort, vient de se produire holographiquement sur scène, on pense à ce film d’anticipation d’Ari Folman, le Congrès, qui parle justement de l’artiste déshumanisé, du produit humain qu’il faut vendre malgré l’humain. Et on frissonne…

Et on se réchauffe en se disant que grâce à Adam Hall et Audiofanzine, deux d’entre vous pourront gagner 2 places pour aller voir les Rolling Stones lors de leur prochain passage à Paris…

Et on se réchauffe en lisant l’interview de Jack Douglas : s’il reste un espoir dans la musique, c’est entre autres grâce à ce genre de personne.

Et on se réchauffe enfin, en lisant le test des enceintes de monitoring Fluid ou celui de l’Arlésienne enfin arrivée : Bitwig !

Sur ce, bon week et à la semaine prochaine.

Los Teignos
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